L'éthique au cœur du produit, pas en marge

Chez Speakli, nous essayons de penser l'éthique non pas comme un sujet séparé du produit, mais comme quelque chose qui traverse toute la chaîne : la conception, l'usage, l'accompagnement et la donnée. La question de fond qui guide nos décisions est simple : est-ce que ce que l'on construit est profondément bon ? juste ? utile ?

C'est dans cet esprit que Ruben Weinstein, cofondateur de Speakli, est intervenu à la table ronde organisée par la FNADEPA 35 sur le thème "Une révolution silencieuse au sein de nos EHPAD", aux côtés de directeurs d'établissements, de professionnels de santé et d'acteurs institutionnels.

1. Éthique dans la conception : la technologie s'adapte au soin

L'éthique de conception, c'est faire en sorte que la technologie s'adapte au soin, et non que le soin s'adapte à la technologie. Une IA en EHPAD ne peut pas être pensée hors-sol, depuis un bureau, puis simplement « déployée » auprès des équipes. Elle doit partir des pratiques réelles, des contraintes du terrain et des irritants vécus au quotidien par les professionnels.

Chez Speakli, on part de choses très concrètes : la charge de rédaction, les interfaces complexes, les menus, les ressaisies, la peur de mal formuler, ou encore le risque de perdre une information entre le moment du soin et le moment où elle est tracée. C'est pour cela que la co-construction est centrale — l'outil est conçu avec les soignants, les IDEC, les directions et les médecins coordonnateurs.

2. Éthique dans l'usage : liberté, jugement et cœur de métier

Speakli ne met pas l'IA à la place du soignant ; Speakli met l'IA au service du soignant. Le professionnel reste maître de bout en bout. Ce n'est pas une écoute continue, ce n'est pas un outil de surveillance, ce n'est pas un micro ouvert dans l'établissement. Le soignant choisit quand il souhaite tracer une information : il déclenche l'enregistrement, il dicte, il relit, il corrige si nécessaire, puis il valide. Cette validation humaine n'est pas une formalité : c'est une condition d'usage.

L'objectif est d'automatiser des tâches chronophages à faible valeur humaine — la navigation dans les menus, la saisie répétitive, la structuration administrative — en laissant intact tout ce qui relève du jugement clinique, de l'observation fine, de la connaissance du résident et de l'intelligence relationnelle. Une bonne IA en EHPAD est une IA qui rapproche le professionnel de son cœur de métier : observer, accompagner, soigner, transmettre. Elle valorise le soignant plutôt que de le supplanter, et accompagne sa montée en compétence.

3. Éthique dans l'accompagnement et la conduite du changement

L'éthique, ce n'est pas seulement ce que fait l'outil ; c'est aussi la manière dont on le fait entrer dans l'établissement. Déployer une IA en EHPAD, ce n'est pas seulement installer un logiciel. C'est accompagner une transformation des pratiques. Un outil peut être techniquement excellent, mais s'il est mal expliqué, mal intégré ou mal accompagné, il peut créer de la défiance, de la charge supplémentaire, voire un rejet.

Chez Speakli, l'accompagnement fait partie intégrante du produit : cadrage opérationnel, formation des équipes, identification de référents à différents niveaux hiérarchiques, suivi d'usage, remontées terrain, adaptation des fonctionnalités. L'objectif est que l'outil soit compris, approprié, et qu'il reste vivant. Si une fonctionnalité ne correspond pas au terrain, elle doit évoluer.

4. Éthique dans la confidentialité et la sécurisation des données

La donnée de santé n'est pas une simple donnée métier : c'est une donnée de confiance. En EHPAD, on parle de données de santé, de personnes vulnérables, d'informations parfois très intimes. La protection de la donnée n'est donc pas un sujet technique secondaire : c'est un sujet éthique central.

Cela implique plusieurs principes : ne collecter que ce qui est nécessaire, sécuriser les flux, protéger le stockage, encadrer les accès, tracer les actions, et s'assurer que les données ne soient utilisées que pour la finalité prévue. Speakli n'enregistre pas en continu — on ne capte pas la vie de l'établissement. On accompagne un acte professionnel précis, à un moment choisi par le soignant, dans le respect total de la vie privée des résidents.